C’est vrai, j’ai beaucoup plus de mal à discuter avec tous ceux qui viennent me voir. Mais c’est toujours humainement très puissant. J’ai choisi un métier d’introverti, je passe mes journées enfermé à réfléchir ; donc le contact avec les lecteurs est l'exact opposé de mon quotidien. Et j’avoue que tous ces gens qui défilent pour me dire qu’ils aiment mon travail, ça fait du bien ! J’ai beaucoup de chance, je touche du bois pour que ça continue… En tant qu’auteur, avoir un contact direct avec des lecteurs est passionnant : ils me parlent de choses qui les ont touchés dans mes livres et que je n’avais pas forcément vues… Être à leur écoute peut même déclencher certains projets. Par exemple, à la fin de “l’Arabe du futur”, j’hésitais beaucoup à reprendre l’histoire du point de vue de mon frère “volé”. J’avais peur que tout le monde en ait marre… C'est l'enthousiasme d'une salle entière qui m'a rassuré et convaincu de dessiner “Moi, Fadi”. C’était très fort, j’avais presque l’impression d’être un homme politique en train de crier “c’est notre projet” (rires) ! Les livres, on les fait d’abord pour soi, tout seul, mais c’est bien aussi d’écouter ceux et celles qui les lisent. Leur amour est souvent plus important que ce qu’on peut imaginer.